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    Le Pigeon colombin (Columba oenas) est le plus petit des pigeons européens. On le reconnait à son œil noir et à son plumage entièrement gris-bleuté rehaussé d'un reflet irisé sur le cou. Il vit essentiellement dans les zones boisées (forêt, bois et parc avec de vieux arbres), où il niche dans les cavités d'arbre. Mais cette espèce forestière discrète a aussi colonisé la ville. On le voit en particulier prospérer depuis des décennies à Paris.

    La nidification du Pigeon colombin est attestée dans la capitale depuis le début du XXème siècle (Jardin du Luxembourg, 1911), cependant au départ il restait cantonné dans les espaces verts, et nichait de façon traditionnelle dans les cavités d'arbres (en particulier les platanes). De nos jours, l'espèce est évidemment toujours présente dans les espaces verts parisiens, tel que le Jardin des Plantes, le Jardin du Luxembourg, les Arènes de Lutèce ou le Parc de Bercy. 

    Pigeon colombin - Arènes de Lutèce

    Pigeon colombin à l'entrée de sa loge, Arènes de Lutèce.

     

    Au Jardin des Plantes, ces dernières années, il a malheureusement été nécessaire d'abattre certains platanes à cavités, devenus malades et dangereux. Afin de conserver l'attractivité du jardin pour les Pigeons colombins, des nichoirs spéciaux ont été disposés à bonne hauteur dans les arbres restant. Ils ont été très rapidement adoptés. 

    Mais les Pigeons colombins n'en sont pas restés là. On peut actuellement les observer régulièrement sur les toits de Paris, circulant sur les cheminées ou posés sur une antenne. Notre petit pigeon forestier semble avoir colonisé les toitures et les conduits de cheminée suite à l'abandon du chauffage au charbon et au bois, ce qui a libéré de nombreuses cavités potentielles. D'après l'Atlas des Oiseaux nicheurs de Paris, l'espèce est en augmentation depuis 1977. Durant la période de l'Atlas (2005-2008) la population nicheuse se situait dans une fourchette de 230 à 380 couples.

    Lorsque l'on est dans la rue, les jumelles sont nécessaires pour identifier les Pigeons colombins qui vaquent à leurs occupations 7 étages plus haut, sur les toits des bâtiments haussmanniens :

    Pigeons colombins sur les toits de Paris

    Près de l'église Saint-Augustin, dans le 8ème arrondissement.
    On distingue un Pigeon colombin devant les conduits de cheminée.

     

    Pigeons colombins sur les toits de Paris

    Dans le même quartier, que je parcours cette année pour l'Atlas des oiseaux nicheurs du Grand Paris, un Pigeon colombin perché sur une antenne.

     

    Pigeons colombins sur les toits de Paris

    Boulevard Haussmann.
    La nature reprend ses droits dans les conduits de cheminée inutilisés.
    Devant, un couple de Pigeons colombins.

     

    Parfois, on peut avoir l'occasion de les observer de plus près. C'est le cas du couple que j'observe régulièrement dans ma cour, depuis 2011. Forcément quand on se trouve au 4ème étage, le 7ème est moins haut ...

    Pigeons colombins dans ma cour

     

    Pigeons colombins - Paris

     

    C'est aussi le cas lorsque les bâtiments ont moins d'étages. Ici dans un passage donnant sur la rue Royale près de l'église de la Madeleine :
     

    Pigeon colombin - Village royal près de la Madelaine

     

    Vous l'avez compris, les toits des bâtiments haussmanniens sont très prisés par les Pigeons colombins, mais on trouve aussi beaucoup plus original. A plusieurs reprises, j'en ai observé un posé dans le clocheton central de la toiture du Grand Palais (là aussi, jumelles obligatoires vu la hauteur du bâtiment) et un couple paradant au dessus de la toiture de zinc du Petit Palais (une merveille abritant aussi la nidification de l’Étourneau sansonnet et du Moineau domestique).

    Détail de la toiture du Petit Palais

    Détail de la toiture du Petit Palais (ne cherchez pas les pigeons, il n'y en a pas)

    Petite mise à jour du 19 juin 2017 : mercredi dernier, en continuant ma prospection pour l'Atlas des oiseaux nicheurs du Grand Paris, j'ai résolu un mystère qui m'interpellait depuis l'an dernier, concernant le Petit Palais justement. La façade principale du Petit Palais (en vis à vis du Grand Palais) est ornée de colonnes à chapiteau sculpté de fleurs et de feuillage. Derrière ces chapiteaux, l'agencement des différents éléments de la façade a laissé la place à des sortes de niches, où j'avais remarqué plusieurs nids de branchage assez grossiers. Durant le printemps 2016, n'ayant pas réussi à apercevoir les propriétaires, j'avais pensé à des corneilles ou à des pigeons ramiers. Mais la semaine dernière je suis passée au bon moment, 2 nids étaient occupés par des Pigeons colombins !

    Pigeon colombin au Petit Palais

     Pigeon colombin sur son nid, façade du Petit Palais.

    Avec la dernière trouvaille des Pigeons colombins, on quitte les lieux de nidifications statiques de style haussmannien ou exposition universelle 1900 pour un décor industriel, mouvant, et dont la pérennité n'est pas garantie : le contrepoids de grue ! Ces contrepoids de béton sont souvent percés d'un trou, d'une taille adéquate pour que les Pigeons colombins y fassent leur nid. Bien sûr, le risque que le chantier s'arrête avant l'envol des jeunes existe ... Le Faucon crécerelle utilise aussi parfois ce type de contrepoids pour nicher. Alors la prochaine fois que vous passerez devant un chantier, ouvrez l’œil ! Vous comprendrez facilement que vu la hauteur des grues, c'est impossible de faire des photos en gros plan.

    La grue et les pigeons colombins

     

    La grue et les pigeons colombins

     Chantier de l'Ambassade d'Allemagne, rue Franklin D. Roosevelt.
    Les travaux ont débuté en 2015, la grue était déjà fréquentée par les Pigeons colombins en 2016.

     

    La grue et les pigeons colombins

    Autre chantier, près de l'église Saint Augustin.

     

    Désolée pour ceux qui s'attendait à voir des photos de la forme aviaire de la Grue, les grues de chantier sont plus courantes que les Grues cendrées à Paris !


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    La Digue, troisième île des Seychelles par sa population (après Mahé et Praslin) se situe à seulement 6 km de cette dernière. C'est un véritable petit paradis où l'on circule essentiellement en char à bœuf et à vélo. Nous avions réservé la traversée depuis Praslin à notre hôtel et trouvé sans problème des vélos à louer sur le port. Pas de panique si vous avez oublié masque, tuba ou serviette, des boutiques sur le port accueillent les étourdis.

    La Digue - Char à boeuf

     

    Nous avions décidé de passé la journée à la plage d'Anse Source d'Argent, située sur la côte Ouest de l'île. La route qui y mène traverse d'abord une zone d'habitation, puis nous arrivons au domaine de l'Union, une ancienne propriété coloniale. Le trajet est ombragé et agréable, plat dans l'ensemble (parfait pour ceux qui n'ont pas l'habitude du vélo).

    La Digue

     

    Anse Source d'Argent est une plage mythique, on dit que c'est la plus belle du Monde. Vous n'êtes pas obligé d'être d'accord, mais je pense que ce n'est pas loin de la vérité. Les blocs de granit posés sur le sable blanc, l'eau transparente comme du cristal, les palmiers, en font un endroit inoubliable, que vous soyez sur le sable ou dans l'eau. 

    Le soleil de l'Equateur et la transparence de l'eau vous laisserons aussi des souvenirs inoubliables et douloureux si vous ne protégez pas votre peau !

    Anse source d'Argent

     

    Anse Source d'Argent

     

    Anse Source d'Argent

     

    Anse Source d'Argent

     

    La Digue

     

    Anse Source d'Argent

     

    Pas d'oiseau photographié lors de cette journée (nous avons raté l'espèce endémique de l'île de la Digue, le Tchitrec des Seychelles, une bonne excuse pour y retourner un jour), mais un petit poisson couleur de sable :

    La Digue - Poisson

     

    Dans un prochain article, je vous présenterai quelques oiseaux des jardins et forêts de Praslin. En attendant profitez bien du printemps.


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    A l'occasion de la Fête de la Nature (plus de 5000 manifestations gratuites partout en France), nous avons ouvert pour la 1ère fois au public le parc du château de Grand-Rozoy, samedi 20 mai et dimanche 21 mai, de 10 h à 18 h.

    Une soixantaine de pancartes explicatives avaient été disposées un peu partout dans le parc arboré de 2 hectares. Les visiteurs pouvaient y découvrir les espèces d'oiseaux observées régulièrement chez nous et les différentes espèces d'arbres présentes (dont plusieurs arbres ayant survécu à la 1ère guerre mondiale, le plus gros étant un platane d'orient à 3 troncs mesurant plus de 5 m de circonférence) .

    Fête de la Nature à Grand-Rozoy

    Le Platane d'Orient

    Fête de la Nature à Grand-Rozoy

    Les derniers migrateurs arrivés dans le parc cette année, comme chaque année à la même époque : le Gobemouche gris, en provenance d'Afrique, et la Linotte mélodieuse, en provenance des campagnes cultivées autour du village. Cette année, les 2 espèces ont été observées pour la première fois le 14 mai mais sont restées discrètes ce week-end. Derrière, un vieux jeu pour enfant, qui sert maintenant de perchoir aux Pigeons ramiers et aux Gobemouches gris.


    Le public a aussi pu s'informer au stand installé par la LPO (Ligue de Protection des Oiseaux), sur l'accueil des oiseaux au jardin (mangeoires, nichoirs, aménagements divers), sur la conduite à tenir lorsque l'on trouve un oiseau blessé etc.

    Fête de la Nature à Grand-Rozoy

     L'exposition de la LPO sur l'aménagement du jardin pour favoriser la faune sauvage.

    Nous avons accueilli environ 40 personnes le samedi, et 85 personnes le dimanche. Des visiteurs venant du village de Grand-Rozoy (une vingtaine), des communes alentours, mais aussi de beaucoup plus loin (Amiens, Saint-Quentin, Paris, Fismes, Reims etc.). 

    Le dimanche quelques familles ont pique-niqué sur les pelouses ou sur les tables installées pour l'occasion. 

    En discutant avec les visiteurs, ce qui leur a plu dans le désordre et sans être exhaustif :

    • Pouvoir visiter ce beau parc habituellement fermé au public.

    • Observer des arbres majestueux de différentes espèces.

    • Faire des découvertes en lisant les panneaux sur les arbres et les oiseaux.

    • S'informer sur les mangeoires et les nichoirs, savoir quoi faire quand on trouve un oiseau blessé, apprendre à cohabiter avec les hirondelles.

    • Échanger sur les corvidés et en particulier les corbeaux freux.

    • Observer la faune sauvage du parc (les abeilles installées dans les cavités d'arbres, les jeunes corbeaux freux à peine sortis du nid, les hirondelles de fenêtres entrant et sortant de leur nid, le couple de canards colvert qui se promenait sur la pelouse ...) et nos animaux domestiques (oies et pigeons).

    Belle réussite pour la Fête de la Nature à Grand-Rozoy

    Un marronnier d'Inde en fleur.

     

    Fête de la Nature à Grand-Rozoy

     Zone boisée côté rue, avec les Ormes qui ont survécu on ne sait comment à la graphiose, maladie qui a décimé les Ormes dans les années 1980.

     

    Pin

    Un de nos pins, qui bizarrement héberge 5 à 6 nids de Corbeaux freux, alors que cette espèce préfère en général les feuillus.

     

    Fête de la Nature à Grand-Rozoy

     Le labyrinthe, avec au fond les ifs en cours de repousse suite à une taille pour les réduire de moitié. Contrairement aux autres conifères, lorsqu'on le taille, l'if refait de nouveaux rameaux à partir du tronc. 

     

    Marronnier rouge

     Le marronnier rouge à l'entrée du parc a eu la bonne idée d'être au maximum de sa floraison ce week-end.

    Sittelle torchepot - Grand-Rozoy

    Les bébés Sittelles torchepot ont profité de la Fête de la Nature pour quitter leur nid mais il n'était pas évident de les retrouver aux jumelles dans l'if et les marronniers.

     

    Belle réussite pour la Fête de la Nature à Grand-Rozoy

    Dimanche nos hirondelles de fenêtre ont fait le spectacle en faisant de nombreux aller-retour jusqu'à leur nid : les petits sont il déjà nés ? 


    En conclusion 2 journées réussies, des échanges enrichissant avec les visiteurs, la chance d'avoir du soleil et l'envie de remettre ça pour la Fête de la Nature 2018.

    Nous remercions tous les visiteurs et ceux qui nous ont aidés pour l'organisation et l'animation : Richard de la LPO Aisne pour les brochures, les posters et l'aide à l'accueil des visiteurs, Dédé notre voisin pour les tables, les bancs et la tonnelle. Un grand merci aux auteurs qui contribuent aux sites Oiseaux.net (pour les oiseaux) et Wikipédia (pour les arbres) pour la mine d'informations qui a permis de rédiger les textes des pancartes, à Picardie Nature pour les fiches sur les hirondelles et à Véronique de l'association LADeL pour les conseils et informations sur les corvidés. Et surtout un énorme merci à Pascal mon mari pour son soutien, ses conseils et son aide.

    Merci également aux élus qui nous ont rendu visite : le député Jacques Krabal, le conseiller départemental Pascal Tordeux et de son épouse, le conseiller régional Dominique Moyse.

    Rendez-vous en 2018 pour la 2ème édition !


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    Aujourd'hui je vous amène dans la Marne, pas si loin que ça de chez nous, plus exactement à Verzy, petite commune du Parc Naturel régional de la Montagne de Reims, coincée entre forêt et vignobles, à quelques kilomètres au sud-est de la capitale du champagne.

    Dans la forêt de Verzy, il y avait autrefois une abbaye, fondée en 664 par Saint Nivart, 26ème archevêque de Reims, mais elle fut détruite à la révolution. Un bombardement en 1944 acheva de faire disparaître ce qui restait des ruines.

    Ce n'est donc pas pour l'abbaye que  l'on visite la forêt de Verzy, mais pour ses arbres très particuliers, des hêtres tortillards que l'on appelle ici les Faux de Verzy. Ces arbres, dont la présence était déjà attestée du temps de l'abbaye, restent un mystère pour les scientifiques, même si les analyses ADN ont permis de progresser un peu. Ces hêtres seraient des hêtres communs qui auraient subit une mutation génétique. Au lieu de pousser droit vers le ciel, leur tronc est complètement torturé et leur branches redescendent vers le sol. Quelques spécimens poussent ailleurs en Europe, mais c'est la forêt de Verzy qui en compte le plus.

    Ici, les quelques 1000 faux répertoriés sont protégés : des barrières dissuadent les visiteurs de piétiner le sol à leur pied, la végétation naturelle qui pourrait les priver de lumière est régulièrement coupée (les faux ne mesurent que 4 à 5 m de haut). Ces arbres sont fragiles, ils se reproduisent difficilement par semis (la plupart des graines sont stériles) mais seulement par marcottage (les branches qui touchent le sol s'enracinent et forment un nouveau plant). La forêt de Verzy, grâce au nombre de spécimens présents et à sa gestion rigoureuse, est la seule population viable de hêtres tortillards au monde.

    Voici quelques photos (faites avec un téléphone et par un temps exécrable dimanche dernier lors d'une balade sympathique avec des amis) :

    Les Faux de Verzy

     

    Les Faux de Verzy

     

    Les Faux de Verzy

     

    Les Faux de Verzy

     

    Les Faux de Verzy

     

    Les Faux de Verzy

     

    Les Faux de Verzy

     

    Les Faux de Verzy

     

    Au moins deux spécimens de faux de Verzy sont visibles à Paris, le 1er aux Arènes de Lutèce, le 2ème au Jardin des Plante, dans le jardin Alpin. Mais il manque l'ambiance mystérieuse de la forêt de Verzy, que je vous conseille de visiter en toute saison. Et sur la route, vous pourrez vous arrêter déguster du champagne (avec modération bien sûr).

     


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    De mémoire d'homme, notre Refuge LPO a toujours abrité une colonie de reproduction de Corbeaux freux (Corvus frugilegus). Quoi de mieux en effet pour élever tranquillement ses petits qu'un parc arboré privé situé en bordure de village ? Il y a bien des peupleraies dans la région, fréquemment colonisées par les Corbeaux freux, mais lorsque les peupliers sont abattus il faut déménager. De plus, il plus simple pour une commune ou un propriétaire d'obtenir une autorisation de tirer sur les corbeaux, voir de les détruire discrètement sans autorisation, lorsque la colonie se trouve en pleine campagne à l'écart des habitations.

    Corbeau freux - Grand-Rozoy

     

    Lorsque nous sommes arrivés fin 2011, la colonie comptait près d'une centaine de nids (91 au printemps 2012 pour être précis). Depuis la colonie s'est réduite et se stabilise à environ 65 nids (2014 : 60, 2015 : 70, 2016 : 70, 2017 : 65). Pourquoi cette diminution alors que nous ne sommes pas intervenus pour "réguler" la colonie ? En réfléchissant un peu, je pense en avoir trouvé la raison : du temps du propriétaire précédent, la propriété était inoccupée pendant les mois d'hiver, les corbeaux étaient tranquilles pour construire leur nid. Alors qu'en 2013-2014 il y avait beaucoup de passage (travaux sur la maison y compris toiture) et depuis nous sommes là très régulièrement y compris l'hiver. D'ailleurs les nids les plus proches de la maison ont disparu.

    Chez nous, les corbeaux construisent leur nid dans une vingtaine d'arbres de 20 à 30 m de haut, essentiellement des frênes, marronniers, pins, platanes et tilleuls, dont certains sont plus que centenaires.

    Nids de corbeau freux dans un frêne

     

    Les corbeaux réutilisent d'année en année les mêmes sites pour se reproduire, mais peu de nids résistent aux tempêtes hivernales dans nos régions : le 4 mars 2012, il restait 20 nids. Cette année, il n'en restait que 3, probablement à cause de la tempête Egon qui a traversé le nord de la France dans la nuit du 12 au 13 janvier 2017. Cette tempête très puissante a occasionné de nombreux dégâts, parmi lesquels l'explosion spectaculaire de la rosace de la cathédrale de Soissons, qui en tombant a également gravement endommagé l'orgue.

    La construction des nids commencent la première semaine de mars. Le nid est assez volumineux, constitué de branchages et garni de rameaux plus souple (type saule) et de mousse. La femelle pond 3 à 5 œufs dès que le nid est terminé, et les couve seule pendant que le mâle s'occupe de consolider le nid et de nourrir sa femelle.

    Chaque année, les premières éclosions ont lieu fin mars ou début avril. A cette période, on trouve parfois sur le sol des coquilles d’œuf vert tacheté de brun. Nos arbres étant très haut, la seule façon de savoir ce qui se passe au niveau des nids est le drone. Les corbeaux en on peur, mais ils reviennent s'occuper de leurs bébés dès qu'il n'est plus là.

    Nid corbeau freux

     

    Corbeau freux Grand Rozoy

     

    Les jeunes restent au nid pendant environ 35 jours, les premiers envols ont donc lieu dans la première quinzaine de mai. Mais les jeunes restent dépendant des parents pendant encore 2 mois minimum. Parfois des jeunes tombent du nid avant de savoir bien voler, soit à cause du vent (qui peut même faire tomber un nid complet avec les poussins à l'intérieur) soit parce qu'ils ont faim et que les parents ne sont plus là (piégé ou mort). La meilleure chose à faire dans ce cas est de placer l'oisillon en hauteur dans un arbre. Si les parents sont en vie, ils reviendront le nourrir. Essayer d'élever soi-même un bébé corbeau est très compliqué et demande une très grande disponibilité pendant 2 à 3 mois, de plus cela peut rendre difficile l'adaptation de l'oiseau à la vie sauvage. Vous trouverez plus de conseils sur ce sujet sur le site de l'association LADel : http://www.ladel.fr/oisillon-trouve/.

    Quelques photos de jeunes corbeaux sortis un peu tôt du nid :

    Bébé corbeau freux

     

    Bébé corbeau freux

     

    Corbeau freux juvénile

     

    Corbeau freux juvénile

    De juillet jusqu'à février, la colonie devient beaucoup plus calme, puisque les corbeaux n'y reviennent qu'au coucher du soleil et la quitte dès l'aube. L'hiver, les Corbeaux freux locaux sont rejoints par des congénères d’Europe de l'Est, et le dortoir abrite aussi de nombreux Choucas des tours (une autre espèce qui niche au refuge, dans des cavités d'arbres ou dans les cheminées).

    La vie des Corbeaux freux, comme celle de toute espèce sauvage, n'est pas de tout repos. Certains vous diront qu'ils "prolifèrent" parce qu'ils n'ont plus de prédateurs en France. S'il est exact que les principaux prédateurs du Corbeau freux adulte, l'Autour des palombes (sorte de gros épervier) et le Grand-duc d'Europe sont devenus très rares en France (quoique le Grand-duc revient dans l'Aisne : il a niché avec succès dans le nord du département l'an dernier), la prédation sur les nids et les jeunes oiseaux est par contre considérable : 80% des oisillons n'atteindront pas l'âge d'un an. Les rats, les écureuils et les autres corvidés (pie ou corneille) pillent les nids lorsque les parents partent en quête de nourriture ; les fouines, les renards, les rapaces et probablement les chats domestiques capturent les juvéniles au sol dès qu'ils quittent le nid pour apprendre à voler.

    Comme on l'a vu au début de l'article, la colonie de Corbeaux freux de notre refuge LPO est stable, et s'est même réduite de 30% depuis que le parc est fréquenté par les humains l'hiver. Pourquoi le maire de la commune de Grand-Rozoy parle-t-il alors d'invasion et de la nécessité de réguler ? Que reproche-t-on à ces oiseaux ?

    - De faire du bruit : en dehors de la période de reproduction, le bruit se limite à une dizaine de minutes matin et soir, lors du départ des corbeaux à l'aube, et lorsqu'il rentre au dortoir après le coucher du soleil. De mars à mai, le bruit est plus important et peu durer toute la journée, pourquoi ? Tout d'abord, le corbeau étant un oiseau très bavard et sociable, au début du printemps les discussions vont bon train sur le choix de l'emplacement des nids. Puis lorsque les petits sont nés, comme tous les bébés du monde, ils crient pour réclamer de la nourriture à leur parents. Le moment le plus bruyant est le mois de mai, car lorsque les jeunes sortent des nids pour apprendre à voler, ils ne savent pas encore se nourrir tout seul. Il faut donc qu'ils appellent leurs parents pour que ces derniers les retrouvent et les nourrissent.

    - De manger les oisillons : cette croyance est totalement fausse. Si certains corvidés (Pie bavarde, Corneille noire, Geai des chênes) pillent les nids d'autres espèces d'oiseaux ce n'est pas le cas du Corbeau freux, qui se nourrit essentiellement d'insectes, de larves et d'invertébrés divers, de végétaux et occasionnellement de charogne et de micromammifères (rongeurs, musaraignes etc.).

    - De ravager les cultures : le Corbeau freux apprécie en effet les grains de maïs en train de lever, ainsi que les cerises. Cependant des solutions existent pour limiter les dégâts de manière très importante, sans en venir au massacre systématique des oiseaux : attendre quelques jours entre le labour et les semailles et semer plus profond, puis au moment de la levée, mettre en place des dispositifs d'effarouchement (véhicules, ballons, morceaux de sac plastique noir suspendu à des piquets etc.). Des associations comme LADeL, Les Amis de Lazare peuvent conseiller les agriculteurs pour mettre en place de telles mesures. En dehors de cette période, le Corbeau freux est un auxiliaire de l'agriculture, consommant des insectes, larves et rongeurs.

    Pourquoi est-ce inefficace de tenter "réguler" la population de Corbeaux freux, en général et en particulier au niveau de la colonie de Grand-Rozoy ?

    - Tout d'abord, si on prend des mesures pour encourager les corbeaux à aller nicher ailleurs (par exemple : effarouchement en février avant la construction des nids, élagage des branches où se trouvent les nids) la colonie pourrait se déplacer sur les autres arbres du refuge ou ailleurs dans le village, plus près des maisons, et gêner davantage le voisinage. D'ailleurs les soit-disant plaintes pour le bruit généré par la colonie de Grand-Rozoy ne sont pas avérées : tous les voisins qui nous en ont parlé nous ont indiqué que ça ne les dérangeait pas plus que ça, nous avons même des preuves écrites. Pour les impacts sur les cultures, cela ne changera rien car les corbeaux peuvent parcourir chaque jour plusieurs kilomètres pour aller se nourrir. Rien ne prouve d'ailleurs que ce sont les corbeaux qui nichent chez nous qui se nourrissent dans les parcelles de l'agriculteur qui se plaint à la mairie. En effet dans le village de Beugneux à 2 km d'ici il y a aussi une colonie de corbeaux de plusieurs dizaine de nids.

    - Ensuite "réguler" par des tirs au sein de la colonie ne servirait pas à faire diminuer sa taille : la population de corbeaux sur un site donné dépend du nombre d'emplacements adaptés à la construction des nids et de la nourriture disponible. Dans une colonie, les plus jeunes couples ne se reproduisent pas faute de place, et s'ils sont trop nombreux, ils perturbent les couples reproducteurs ce qui entraîne une moindre réussite des nichées. La nature se régule toute seule. Par contre si les corbeaux reproducteurs sont éliminés par piégeage ou par campagne de tirs, les plus jeunes prendront leur place l'année suivante, et les nichées auront un meilleur taux de succès. Il y aura autant de nid, et probablement plus de jeunes à l'envol. Pour en savoir plus consulter la page : http://www.ladel.fr/regulation-corvides/.

    - D'autre part, la suppression des parents pendant la période de reproduction est extrêmement cruelle : en effet, les bébés agoniseront pendant plusieurs jours et finiront par mourir de faim dans les nids. Les plus forts se jetteront dans le vide et une fois au sol se feront dévorer par des prédateurs.

    C'est en particulier pour mieux faire connaître à notre voisinage ces animaux mal aimés mais si attachants que nous avons décidé d'ouvrir notre refuge pour la Fête de la Nature les 20 et 21 mai prochain. Pour cette année 2017, le thème choisi  est : "Les super pouvoir de la Nature".

    Quels sont donc les super pouvoirs du Corbeau freux ?

    Les Corbeaux freux, comme les autres corvidés, se distinguent par leur formidable intelligence, leur capacité d’apprentissage quasiment sans limite et leur organisation sociale particulière : la vie en colonie est très hiérarchisée (les couples les plus expérimentés occupent les meilleurs emplacements pour les nids), ils ont un sens de la famille très développé (les couples restent unis d’année en année et n’abandonnent jamais leurs petits quitte à risquer la mort en cas de persécution).

    Je tiens particulièrement à remercier Véronique et Lazare de l'Association LADeL pour tous leurs conseils, pour les informations disponibles sur leur site (qui m'ont été bien utiles pour rédiger cet article), et pour leur combat pour réhabiliter les Corvidés et trouver des solutions permettant une cohabitation pacifique avec les humains, ainsi que l'ASPAS : Association pour la Protection des Animaux Sauvages, pour ses conseils en particulier sur le plan juridique.

    Nous vous attendons nombreux pour les Portes Ouvertes du Refuge LPO de Grand-Rozoy samedi 20 et dimanche 21 mai de 10 h à 18 h. Vous pourrez découvrir les Corbeaux freux mais aussi toutes les autres espèces qui vivent chez nous.

    Bon week-end à tous, et n'oubliez pas d'aller voter demain.


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