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    Dernière journée dans la vallée sacrée, que l'on n'a peut être pas autant appréciée qu'on aurait dû, l'esprit occupé par la suite du voyage : rien de moins que le Machu Picchu suivi d'un petit saut en Amazonie (avec un peu d’appréhension quand même, même si toute la logistique est prévue).

    Nous quittons Cuzco pour Pisac dans la matinée. En chemin, nous faisons quelques pauses photos. La première sur les hauteurs de Cuzco pour admirer le site de Sacsayhuamán dont je vous ai déjà parlé dans un précédent article : 14 août 2015 : Cuzco, capitale des Incas. Vu d'en haut, on distingue parfaitement les remparts en zig-zag qui caractérisent la forteresse, alors qu'au fond on devine les collines où poussent, dans un désordre indescriptible, les faubourgs de Cuzco :

    17 août 2015 : De Pisac à Ollantaytambo

     

    Le deuxième arrêt a lieu peu avant Pisac, il nous offre une magnifique vue sur la vallée sacrée des Incas, où coule paisiblement la rivière Urubamba. Plusieurs centaines de kilomètres plus loin, après être passé au pied du Machu Picchu et avoir plongé dans la forêt amazonienne, les eaux de l'Urubamba rejoindront le Marañón puis l'Amazone.
     

    17 août 2015 : De Pisac à Ollantaytambo

     

    Au fond, dominant la vallée, on aperçoit un sommet enneigé, il doit s'agir du Sawasiray, 5818 m d'altitude. 

    17 août 2015 : De Pisac à Ollantaytambo

     

    Pisac est un site Inca très complet, un des plus riches après le Machu-Picchu. La forteresse fut vraisemblablement fondée au 15ème siècle pour défendre la sud de la vallée sacrée. Cependant, en l'absence de traces écrites, bien des mystères persistent sur l'usage des différentes constructions de Pisac.

    Ce qui frappe en premier le visiteur ce sont les terrasses parfaitement conservées qui épousent le flanc des montagnes. Ces terrasses sont encore cultivées de nos jours. La fin de la saison sèche n'est malheureusement pas le meilleur moment pour observer les cultures.

    17 août 2015 : De Pisac à Ollantaytambo

     

    17 août 2015 : De Pisac à Ollantaytambo

     

    17 août 2015 : De Pisac à Ollantaytambo

     

    17 août 2015 : De Pisac à Ollantaytambo

     

    En parcourant les ruines, au hasard des sentiers et des escaliers, on rencontre à nouveau des fleurs de l'Inca, mais cette fois sans les Percefleurs à gorge noire (voir ici : 10 août 2015 : Alpagas, percefleur et flamants) :

    17 août 2015 : De Pisac à Ollantaytambo

     

    Après la visite du site archéologique, nous faisons un petit tour au marché de Pisac (le village moderne, construit par les Espagnols, se trouve au pied des ruines, dans la vallée). J'ai trouvé ce marché très touristique, bien moins authentique que celui de Chinchero. 

    Notre chauffeur, qui nous a accompagné pendant ces quelques jours dans la vallée sacrée, nous propose de déjeuner dans un restaurant touristique à Urubamba (petite ville à mi-chemin entre Pisac et Ollantaytambo, au bord de la rivière éponyme). Nous avons le droit à un délicieux buffet de spécialités péruviennes. Pour le remercier nous offrons le repas à notre chauffeur.

    Ollantaytambo, probablement construite pour défendre le nord de la vallée sacrée, est une forteresse très escarpée (prenez votre souffle avant d'attaquer la visite). Intéressant, mais comme à Pisac le matin, vraiment beaucoup de monde. Il faut dire qu'on a complètement rejoint "le" circuit classique : tout le monde fait Pisac le matin, Ollantaytambo l'après-midi, et le soir c'est le train pour le Machu Picchu ...

    17 août 2015 : De Pisac à Ollantaytambo

      

    17 août 2015 : De Pisac à Ollantaytambo

     

    17 août 2015 : De Pisac à Ollantaytambo

     

    17 août 2015 : De Pisac à Ollantaytambo

     

    En face de la forteresse, de l'autre côté du village, on remarque d'étranges constructions sur la montagne. Il s'agit de silos construits par les Incas pour conserver les récoltes. L'intérêt de les mettre dans des lieux aussi inaccessibles était peut-être d'éviter les pillages, mais surtout permettait une conservation idéale grâce à l'air froid et sec des zones d'altitude.

    17 août 2015 : De Pisac à Ollantaytambo

    Vous avez sans doute remarqué qu'il n'y a pas d'oiseaux dans cet article. Ils n'ont cependant pas été totalement absent de la journée : sur la place d'Armes d'Ollantaytambo se tenait un petit marché assez inhabituel, avec en particulier un vendeur de livres. Parmi les quelques dizaines d'ouvrages proposés, un guide sur les oiseaux du Pérou, que nous n'avons pu trouver en librairie à Cuzco : Birds of Peru, guide très complet en anglais, qui va alourdir nos bagages (il contient la description des 1700 et quelques espèces du Pérou), et alléger notre porte-monnaie (le prix demandé est un peu cher même après négociation, mais il faut bien nourrir le lama pour transporter les livres jusque là !).

    Nous nous rendons ensuite à la gare d'Ollantaytambo pour y attendre le train à destination du Machu Picchu. En effet le site incontournable du Pérou n'est pas desservi par la route. Il n'y a que 2 façons de le rejoindre : en train par une des 2 compagnies privées circulant sur cette ligne : Peru Rail et Inca Rail, ou à pied lors d'un trek de 4 jours le long du chemin de l'Inca.

    J'ai découvert par la suite qu'une 3ème possibilité existait, qui n'est pas proposée par les agences de voyages ni par les guides touristiques, mais que vous trouverez sans difficulté en consultant des blogs de voyageurs : depuis Cuzco, prendre un minibus se rendant à Santa Teresa, puis à Hydroelectrica (centrale hydroélectrique située au pied du Machu Picchu sur la rivière Urubamba). Ensuite continuer à pied en longeant la voie de chemin de fer jusqu'à Agua Calientes (la ville au pied du Machu Picchu). En théorie c'est interdit mais visiblement beaucoup le font. C'est la solution la moins chère, mais plus rustique et moins rapide.

    De notre côté nous avons donc choisi le train, à l'aller à partir d'Ollantaytambo, départ 19h, au retour arrivée à Poroy, une gare plus proche de Cuzco. Il fait déjà nuit lorsque nous quittons Ollantaytambo. Vers 21h nous arrivons à Agua Calientes (maintenant renommé Machu Picchu Pueblo) et après un dîner rapide allons nous coucher car le lendemain il faut se lever à 4h pour arriver au Machu Picchu à l'ouverture.

    A bientôt au Machu Picchu ! 


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    Nous voici de retour au marais de Suscinio, près du Golfe du Morbihan. En cette fin avril, les passereaux ne manquent pas. Il y a tout d'abord des espèces que l'on peut trouver un peu partout, dans nos jardins et dans les parcs de nos villes, comme l'Accenteur mouchet (Prunella modularis), le Serin cini (Serinus serinus), la Fauvette à tête noire (Sylvia atricapilla) ou le Rougegorge familier (Erithacus rubecula) - photo ci-dessous. Rien d'étonnant à cela, puisque le marais est bordé côté nord par les maisons d’habitations du hameau de Suscinio. Nos petits amis des jardins sont d'autant plus facile à remarquer qu'on est en pleine période des chants (malgré le printemps un peu frais cette année).

    Rougegorge familier - Marais de Suscinio

     

    Côté sud, les dunes herbeuses séparent le marais de la plage et de l'océan. C'est le royaume des oiseaux des champs, sédentaires ou de passages. On trouve les mêmes espèces dans les zones cultivées de Picardie.

    Pour commencer, l'Alouette des champs (Alauda arvensis) qu'on entend chanter avant de l'apercevoir. Celle-ci a bien voulu coopérer en se posant sur un des poteaux de la clôture qui protège les dunes du piétinement. L'Alouette doit vivre ici à l'année.

    Alouette des Champs - Marais de Suscinio

     

    Le Traquet motteux (Oenanthe oenanthe) au contraire est un migrateur au long cours qui hiverne en Afrique. Ceux d'entre eux nichent au Groenland ou au Canada et effectuent la traversée de l'Atlantique sans escale en une trentaine d'heure. Quant à nos Traquets motteux bretons, possible qu'ils restent nicher dans la région - quelques couples ont été repérés dans le secteur du Golfe du Morbihan pendant l'enquête pour l'Atlas des oiseaux de France métropolitaine (2005-2012). Cependant avril est aussi la période du passage pré-nuptial pour ceux qui nichent dans le nord de l'Europe. Ci dessous un mâle (1ère photo, reconnaissable à son masque noir) puis une femelle (2ème photo) :

    Traquet motteux - Marais de Suscinio

     

    Traquet motteux - Marais de Suscinio

     

    Autre oiseau typique des milieux ouverts, le Tarier pâtre (Saxicola rubicola). Vous l'avez peut-être déjà aperçu au bord des routes de campagne, bien en vue sur un poteau ou un buisson, occupé à guetter les insectes. Les couleurs vives du mâle (tête noire, demi-collier blanc et poitrine orange) font qu'on ne peut pas le manquer :  

    Tarier pâtre - Marais de Suscinio

     

    La femelle elle est plus terne mais on retrouve les mêmes motifs de plumage que chez le mâle, le noir étant remplacé par du gris-brun. Bretagne oblige, celle-ci guette depuis un buisson d'ajonc :

    Tarier pâtre - Marais de Suscinio

     

    Pour terminer cette série d'oiseaux des campagnes, voici la Fauvette grisette (Sylvia communis), que l'on peut observer pratiquement dans toutes les régions de France, dans les milieux où prédominent les buissons et arbustes : haies, bocages, friches, et même champs de colza. Les individus observés en lisière du marais étaient très occupé à chanter et à construire leur nid dans les buissons au bord de l'eau.

    Fauvette grisette - Marais de Suscinio

     

    Dans le marais, les stars parmi les passereaux sont bien sûr les espèces qu'on ne rencontre que dans les milieux humides. Pour nous, le Phragmite des joncs (Acrocephalus schoenobaenus) a été le plus facile à observer. Fraîchement arrivés du Sud du Sahara où ils passent l'hiver, les Phragmites des joncs sont assez peu farouches. Ils passent leur temps à chanter bien en vue sur les buissons ou même lors de brefs vols nuptiaux. L'intérieur du bec est d'un beau rouge vermillon qui contraste avec le plumage plutôt terne.

    Phragmite des joncs - Marais de Suscinio

     

    Phragmite des joncs - Marais de Suscinio

     

    Phragmite des joncs - Marais de Suscinio

     

    Phragmite des joncs - Marais de Suscinio

     

    Phragmite des joncs - Marais de Suscinio

     

    Voici maintenant une espèce qui nous a donné bien du fil à retordre : la Bouscarle de Cetti (Cettia cetti). Dès notre première visite dans le marais, nous avions bien repéré son chant très sonore et caractéristique, mais impossible de l'apercevoir ... C'est le dernier jour que nous aurons la chance d'en voir une. La Bouscarle de Cetti passe la majorité de son temps cachée dans les buissons, à l'intérieur desquels elle trouve sa nourriture (insectes, vers et mollusques). C'est un petit passereau de couleur terne, un peu bouboule et aux ailes plutôt courte, faisant penser à un Rougegorge au niveau de la silhouette.

    Bouscarle de Ceti - Marais de Suscinio

     

    Bouscarle de Cetti - Marais de Suscinio

     

    Durant nos ballades, nous avons croisé plusieurs fois des ornithologues qui nous ont demandé si nous avions vu la Gorgebleue à miroir (Luscinia svecica), le passereau mythique des zones humides, qui nous arrive d'Afrique à la fin mars. A chaque fois nous leur avons répondu par la négative ; pourtant on aurait aimé la voir, la seule fois où j'ai pu l'observer c'était le 1er avril 2015 à Paris (voir l'article Une Gorgebleue à miroir Bd Richard Lenoir (Paris 11) ). Finalement, c'est en nous aventurant un peu plus loin vers l'ouest sur le sentier qui borde le marais côté océan que nous auront la chance d'en voir une, de loin et souvent cachée dans la végétation, mais elle est bien là ! Et c'est plaisant de pouvoir l'observer dans son milieu plutôt que sur un platane d'alignement parisien.
     

    Gorgebleue à miroir - Marais de Suscinio

     

    Gorgebleue à miroir - Marais de Suscinio

     

    Gorgebleue à miroir - Marais de Suscinio

     

    Gorgebleue à miroir - Marais de Suscinio

     

    Ainsi se termine cette série sur les passereaux de Suscinio. En attendant de revenir dans le marais, je vous dis à bientôt pour d'autres découvertes.


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    Chinchero, le lieu de naissance de l'arc-en-ciel pour les Incas, est un des endroits que j'ai préféré dans la Vallée Sacrée. Ce village, situé à une vingtaine de kilomètres de Cuzco, est construit à 3700 m d'altitude en bordure du plateau qui surplombe la vallée de l'Urubamba. 

    Nous commençons la matinée par la visite d'un atelier de tissage, situé dans la cour d'une maison. Les villageoises de Chinchero se sont regroupées en association pour faire connaître leur artisanat aux touristes et préserver les techniques traditionnelles. Elles nous expliquent les différentes étapes de leur travail, en particulier la coloration de la laine, entièrement réalisée à partir de pigments naturels (plantes, cochenilles ...), et le tissage des différents motifs traditionnels. Pendant ce temps les enfants peuvent caresser des animaux domestiques locaux (cochons d'Inde, alpagas ...). Une visite passionnante, que l'on peut terminer en achetant des produits de l'atelier.

    Puis nous partons pour le centre du village et les ruines Incas. Le "Boleto turistico", billet donnant accès à une dizaine de sites de la vallée sacrée et de Cuzco, est nécessaire pour y accéder.

    Chinchero est un village charmant, on y découvre des bâtisses coloniales crépies de blanc ou de rose, construites sur des soubassements d'origine Inca. Ce dimanche là un mariage est célébré dans la petite église, nous apercevons les mariés et les invités alors que les cloches sonnent la fin de la cérémonie.

    Chinchero, village de l'arc-en-ciel

     

     Chinchero, village de l'arc-en-ciel

     

    En bordure du village, des terrasses datant de l'époque des Incas descendent profondément dans la vallée. Peu de visiteurs vont jusque là, c'est pourtant très beau. Nous restons un long moment assis sur les marches des escaliers qui desservent les terrasses. 
     

    16 août 2015 : Chinchero, village de l'arc-en-ciel

     

    16 août 2015 : Chinchero, village de l'arc-en-ciel

     

    Ces paysages grandioses servent aussi d'habitat à une faune variée, en particulier des rapaces. Ci-dessous un Caracara montagnard (Phalcoboenus megalopterus), la photo n'est pas extraordinaire mais c'est la seule que j'ai à vous montrer. Les caracaras font parties de la famille des faucons, cependant leur comportement est assez différent. Notre Caracara montagnard, par exemple, cherche sa nourriture essentiellement à terre, en marchant et en grattant le sol. Il se nourrit d'insectes, de petits animaux (rongeurs, oisillons), de charognes et de déchets. Il remplace en quelque sorte nos corneilles.
     

    16 août 2015 : Chinchero, village de l'arc-en-ciel

     

    Dans la falaise qui bordent les terrasses, on retrouve nos Crécerelles d'Amérique (Falco sparverius), espèce déjà observée à Raqchi (voir l'article : 13 août 2015 : La route du Soleil ) et que l'on retrouvera au Machu-Picchu. Ici il s'agit vraisemblablement d'un couple (le mâle est de dos, reconnaissable aux motifs de son plumage, en particulier la queue roux uni bordée de noir). Le mâle a attrapé un petit reptile qu'il offre à sa femelle. Peut-être sont-il posés à l'entrée de leur nid ?

    16 août 2015 : Chinchero, village de l'arc-en-ciel

     

    Crécerelle d'Amérique - Chinchero

     

    Après la visite du site archéologique, en descendant vers le marché,  nous observons une autre espèce déjà rencontrée à Chivay (voir l'article : 10 août 2015 : Alpagas, percefleur et flamants) : le Percefleur à gorge noire (Diglossa brunneiventris). Ce qui est amusant c'est qu'ils se nourrissent ici du nectar des mêmes fleurs qu'à Chivay, les fleurs de l'Inca ou Cantua buxifolia. La femelle (photo ci-dessous) a des coloris bien plus ternes que le mâle (photo suivante).
     

    Percefleur à gorge noire - Chinchero

     

    Percefleur à gorge noire - Chinchero

     

    Nous terminons la matinée à Chinchero par la visite du marché. C'est un vrai marché traditionnel où les habitantes des villages environnants viennent vendre leurs fruits et légumes, ainsi que quelques objets d'artisanat. Si vous avez un petit creux, un épis de maïs bouilli accompagné de fromage local vous aidera à marchander vos achats.  Bon à savoir : ce marché n'a lieu que le dimanche, pour le visiter il faut donc prévoir son circuit en conséquence.

    Avant de rejoindre Cuzco, une petite fleur en souvenir de Chinchero. Je n'ai pas réussie à l'identifier pour l'instant ...

    16 août 2015 : Chinchero, village de l'arc-en-ciel

     

    De retour à Cuzco, après un peu de repos à notre hôtel (on se fatigue vite en altitude) nous allons visiter l'église de la Compagnie de Jesus, qui fait concurrence à la Cathédrale sur la Place d'armes. Contrairement à la plupart des églises au Pérou, les statues sont ici plus classiques (elles ne ressemblent pas à des poupées). La riche décoration baroque de l'édifice permet de se rendre compte de la puissance des Jésuites du temps de la colonisation espagnole, d'ailleurs le roi d'Espagne les chassa de ses colonies en 1767. On ne manquera pas d'admirer les nombreux tableaux de l'école de Cuzco qui ornent les murs de l'église.

    Pour terminer cette journée, une petite pause sur une des nombreuses places de Cuzco, en compagnie des Bruants chingolo et des Tourterelles oreillardes ...

    Tourterelle oreillarde - Cuzco

     

    A bientôt pour la suite du voyage : notre dernière journée dans la vallée sacrée. 


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    L'enquête sur les oiseaux nicheurs de Paris permet de belles observations de la vie de famille des oiseaux (j'ai eu la chance d'observer hier matin au Jardin des Plantes une famille de Mésanges à longue queue et une autre de Mésanges huppées, avec des petits aussi craquants les uns que les autres), mais aussi d'être témoins d'autres comportements parfois très étonnants.

    Vendredi dernier (13 mai), après le déjeuner, nous sommes allés faire un petit tour à la Ménagerie du Jardin des Plantes. Pas beaucoup d'indices de nidification pour cette fois mais une observation très surprenante.

    Une Corneille noire (Corvus corone) se pose près de nous dans les herbes et commence à fouiller dans une fourmilière. Je me dis, c'est bizarre, je ne savais pas que les corneilles mangeaient des fourmis, quand tout à coup la corneille se vautre littéralement sur la fourmilière en écartant les ailes, et laisse les fourmis lui recouvrir le plumage, en ayant l'air contente d'elle même :

    Le bain de fourmis

     

    Voila ce que ça donne en gros plan, on en voit même qui passent sous les plumes :

    Le bain de fourmis

     

    La corneille s'applique à répartir les fourmis sur son plumage pendant 5 bonnes minutes. Le phénomène est assez peu documenté, sur Internet on trouve une mention d'un ouvrage datant de 1975 "Le guide des oiseaux (c'est le titre) sélection du reader's digest", et un article en anglais : https://en.wikipedia.org/wiki/Anting_(bird_activity). Il semblerait que de nombreuses espèces d'oiseaux pratiquent le bain de fourmis, l'hypothèse la plus probable étant que les fourmis dérangées émettent une grande quantité d'acide formique qui agirait comme un insecticide, un fongicide et un bactéricide afin d'aider l'oiseau à se débarrasser de ses parasites. Certains pensent qu'en plus l'acide formique renforce les plumes, en particulier celles des ailes.

    Le bain de fourmis

     

    Le bain de fourmis

     

    Certains oiseaux en profite pour manger les fourmis qui deviennent comestibles une fois débarrassées de leur acide formique, mais cela ne semble pas être le cas de la corneille.

    Le bain de fourmis

     

    Une dernière photo, avant de laisser la corneille à ses occupations, avec un petit air de "ça vous pose un problème que je prenne un bain de fourmis ?" :

    Le bain de fourmis

     

    Et pour finir cet article, allons faire un petit tour de l'autre côté de l'Atlantique : parmi les oiseaux prenant régulièrement des bains de fourmis, on trouve aussi le Geai bleu (Cyanocitta cristata - Blue Jay), un geai très commun à l'ouest de l'Amérique du Nord. Un comportement similaire à celui de notre corneille est documenté ici : https://fr.wikipedia.org/wiki/Geai_bleu. Photo ci-dessous prise à Central Park, New York, mai 2013 :

    Le bain de fourmis - Geai bleu

     

    Je vous dis à bientôt pour d'autres découvertes. En attendant, ce week-end c'est la fête de la Nature, profitez-en pour l’observer même au pied de chez vous, il y a toujours de merveilleuses choses à voir.


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    La dernière semaine d'avril, nous sommes partis en famille passer quelques jours dans le Morbihan. Avant de partir, j'avais repéré près de Sarzeau, où nous logions, la réserve naturelle du Marais de Séné, en bordure du Golfe du Morbihan, et envisagé d'y passer un après-midi.

    Mais finalement c'est le marais de Suscinio qui fut notre destination ornithologique de la semaine.

    Le Château de Suscinio est un superbe château médiéval situé sur la commune de Sarzeau, dont les ruines furent remarquées et classées Monument historique par Prosper Mérimée en 1840. Racheté par le Conseil général du Morbihan en 1965, il a depuis été magnifiquement restauré. La visite permet de comprendre l'histoire du château, mise en perspective avec celle des Ducs de Bretagne. On y découvre aussi les étapes de sa restauration et les résultats des dernières fouilles archéologiques réalisées sur le site.

    Chateau de Suscinio

     

    Cependant l'intérêt de Suscinio n'est pas qu'historique : entre l'Océan Atlantique et le château, d'anciens marais salants, dont l'existence remonte à la construction de la forteresse, constituent de nos jours une zone humide propice à l'avifaune locale et aux haltes migratoires d'espèces diverses. Un site pas trop fréquenté à cette saison, permettant de belles observations. Ci-dessous le château vu du marais :
     

    Chateau de Suscinio

     

    Avant de rejoindre le marais, si vous venez au printemps, faites le tour du château par l'extérieur : une colonie mixte de Choucas des tours (Coloeus monedula) - photo ci-dessous - et de Pigeons bisets domestiques (Columba livia) a élu domicile dans une des parois de la forteresse. Il semble y avoir une certaine hiérarchie : les choucas occupent les cavités du haut, les pigeons celles du bas.

    Choucas - Suscinio

     

    Comme dans toutes les zones humides, les canards et autres anatidés font parties des espèces que l'on peut observer facilement. On verra bien sûr des Canards colverts (Anas platyrhynchos), puis des Cygnes Tuberculés (Cygnus olor), mais ce sont surtout les Tadornes de Belon (Tadorna tadorna) qui se font remarquer. Une belle occasion de réaliser nos premières photos de cette espèce !

    Tadorne de Belon - Marais de Suscinio

     

    Le plus grand des canards européens se reconnaît facilement à son plumage bariolé blanc, noir et roux et à son bec rouge vif. L'espèce nichant dans une cavité (souvent un ancien terrier de lapin), la femelle n'a pas besoin de porter un plumage type "camouflage" que l'on voit chez beaucoup d'espèces de canard. Ses couleurs sont aussi vives que celles du mâle, cependant ce dernier se reconnaît à sa plus grande taille et à son bec surmonté d'un tubercule. Le Tadorne de Belon se plaît dans les zones maritimes, car il se nourrit surtout de mollusques aquatiques, mais dans certaines région, on le trouve aussi dans les terres, où il affectionne les bassins de décantation (en Picardie par exemple).

    Tadorne de Belon - Marais de Suscinio

     

    Tadorne de Belon - Marais de Suscinio

     

    Tadorne de Belon - Marais de Suscinio

     

    Tadorne de Belon - Marais de Suscinio

     

    Tadorne de Belon - Marais de Suscinio

     

    En dehors des canards, la deuxième catégorie d'oiseaux facile à observer sur le marais est celle que l'on appelait autrefois "les échassiers", avec une belle surprise, un groupe de Spatules blanches (Platalea leucorodia). A contre jour, le marais a un petit air de lac Africain :

    Spatule blanche - Marais de Suscinio

     

    Spatule blanche - Marais de Suscinio

    On assiste à une toilette collective des spatules et des cygnes. On notera la différence de taille entre les 2 espèces (le Cygne tuberculé étant un des oiseaux volant les plus lourds), ainsi que le bec rosé des spatules, qui indique que ce sont des jeunes pas encore en âge de se reproduire (les adultes, au bec sombre, sont occupés à nicher à cette période de l'année).

    Spatule blanche - Marais de Suscinio

    Les spatules peuvent avoir des attitudes très comiques comme ci-dessous. Voir aussi d'autres photos sur oiseaux.net http://www.oiseaux.net/photos/regine.le.courtois.nivart/spatule.blanche.html, prises au Parc du Marquenterre en Baie de Somme.

    Spatule blanche - Marais de Suscinio

     

    Les autres grands ou moyens échassiers présents sur le marais sont le Héron cendré (Ardea cinerea), l'Aigrette garzette (Egretta garzetta) et l'Echasse blanche (Himantopus himantopus). Ces 2 dernières espèces feront l'objet d'article dédié car on a fait vraiment beaucoup de photos.

    L'Echasse blanche, maintenant classées parmi les Limicoles, m'amène à faire la transition avec les autres membres de la famille que nous avons pu identifier sur le site.

    Tout d'abord la Barge à queue noire (Limosa limosa),  un limicole assez grand au très long bec bicolore (ce qui permet de la différencier de sa cousine la Barge rousse, dont le bec est entièrement sombre). Nous en avons observé un seul individu, en plumage nuptial ou presque. Niche-t-il dans la région ou est-il en retard sur sa migration ? L'atlas des oiseaux nicheurs de France métropolitaine, paru en 2015, indique une reproduction probable dans les marias de Loire-Atlantique, ce qui n'est pas si loin ...

    Barge à queue noire - Marais de Suscinio

    La Barge à queue noire se nourrit d'invertébrés trouvés dans la vase. Ses longues pattes lui permettent de s'avancer assez loin dans l'eau sans avoir à nager. Elle passe beaucoup de temps le bec, la tête et le cou totalement immergé sous l'eau à la recherche de vers, larves et crustacés variés. Il faut être patient pour réussir des photos de l'oiseau avec la tête hors de l'eau !
     

    Barge à queue noire - Marais de Suscinio

    Les Barges à queue noire peuvent aussi chercher de quoi manger dans les prairies, les photos de l'animal en entier sont alors plus facile à obtenir. J'ai eu la chance d'en observer tout un troupeau en Islande, voir ici : 16 août 2014 : L’hiver à Akureyri – l’été à Reykjavik.

    Mais revenons au Marais de Suscinio et à ses limicoles. Nous y apercevrons deux autres espèces, tout d'abord un Chevalier aboyeur  (Tringa nebularia), tout gris, aperçu près d'un couple de Tadorne de Belon :

    Chevalier aboyeur - Marais de Suscinio


    Et puis quelques Chevaliers gambette (Tringa totanus), gris-brun, pattes rouges, base du bec du même rouge, vu en petit groupe de 3 individus : 

    Chevalier gambette - Marais de Suscinio

     

    Chevalier gambette - Marais de Suscinio

     

    Fin avril, c'est la période où les Martinets noirs (Apus apus) reviennent d'Afrique. Nous en verrons quelques un chasser les insectes au dessus du marais. Peut-être nichent-ils aussi dans les mur ou sous les toitures du château ? C'est un peu tôt pour le savoir. Par contre il y en a un qui est au courant du retour des martinets, c'est le Faucon hobereau (Falco subbuteo), qui a surgit un matin sans prévenir. Egalement visiteur d'été dans nos régions, ce faucon se nourrit surtout de libellules, d'hirondelles et de ... martinets.

    Faucon hobereau - Marais de Suscinio

     

    Les  mammifères profitent aussi de la quiétude de cet espace naturel préservé. Nous avons fait la rencontre d'un chevreuil, qui nous a longuement observé avant de s'en aller tranquillement. Seul un champ d'iris des marais nous séparait du cervidé.

    Chevreuil - Marais de Suscinio


    Dans un prochain article, je vous présenterai les passereaux du marais. En attendant, je vous dit à bientôt pour d'autres découvertes.


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