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    La Réserve Indienne des Blackfeet se trouve immédiatement à l'est du Parc National de Glacier. Brutalement, on quitte les Montagnes Rocheuses pour se retrouver dans les Grandes Plaines (enfin c'est encore un peu vallonné par ici). La Nation des Blackfeet est installée dans les Grandes Plaines du Montana aux Etats-Unis et de l'Alberta au Canada depuis des siècles, comme le précise leur tradition orale. Avant l'arrivée des Européens, ils vivaient essentiellement de la chasse au bison, qu'ils chassaient à pied jusqu'à l'apparition des premiers chevaux dans la région (les fameux Mustangs, descendant des chevaux apportés par les Espagnols au Mexique). De nos jours les principales sources de revenus de la réserve proviennent de l'extraction du pétrole et du gaz, et du tourisme, que la Nation Blackfeet cherche à développer. Les localités de Saint-Mary et d'East-Glacier, à l'est du Parc National, font d'ailleurs partie intégrante de la réserve. Plusieurs sites naturels de cette partie du parc sont des lieux sacrés pour la Nation Blackfeet. A l'époque où les Blackfeet chassaient le bison, les montagnes leur servaient de refuge l'hiver pour s'abriter du vent glacial des plaines. 

    La route qui va de Saint-Mary à East-Glacier en passant par Browning (capitale de la réserve) est une bonne alternative à celle plus directe qui longe la frontière du parc, car cela permet de traverser des paysages totalement différent (et cet été là, d'éviter l'attente due aux travaux sur la route que nous avions pris à l'aller). Niveau avifaune, cela nous a aussi valut quelques rencontres intéressantes.

    Plusieurs espèces de buses chassent sur les plaines. Nous verrons des Buses à queue rousse, mais surtout, dans de bonnes conditions, des Buses de Swainson (Buteo swainsoni). Comme notre Buse variable et nombreuse autres espèces de Buses, la Buse de Swainson a un plumage variable : il existe une forme claire et une forme sombre. Mieux vaut avoir un bon guide pour l'identification. L'individu en vol ci-dessous est de forme claire alors que celui posé sur un piquet est de forme sombre. La Buse de Swainson se plait dans les prairies, où elle trouve facilement ses mets préférés : petits rongeurs, écureuils terrestres, lapereaux, oiseaux, insectes etc. Quelques arbres lui sont nécessaires pour construire son nid. La Buse de Swainson est un oiseau migrateur : chaque printemps elle revient dans la moitié ouest de l'Amérique du Nord pour nicher, et quand vient l'automne elle rejoint les pampas d'Amérique du sud, même si quelques immatures passent l'hiver en Californie.

    Dans la réserve des Blackfeet

     

    Dans la réserve des Blackfeet

     

    Dans la réserve des Blackfeet

     

    On passe maintenant à la taille au-dessous : un passereau de la famille des Tyrannidés, nommé Tyran de l'Ouest (Tyrannus verticalis). C'est un joli passereau aux couleurs pastel, un peu plus petit qu'un Merle, et assez facile à observer car il se poste bien en vue sur des perchoirs d'où il chasse les insectes. Vu son régime alimentaire, il ne reste évidemment pas dans le Montana en hiver. C'est en Amérique centrale (du Mexique au Costa Rica) qu'il ira passer la mauvaise saison.

    Dans la réserve des Blackfeet

     

    Les mares et autres zones humides sont assez nombreuses le long de la route, même si bien souvent des grillages empêchent de s'approcher. Dans un de ces plans d'eau, on retrouve un limicole déjà croisé au marais d'Arcata en Californie : un Chevalier semipalmé (Tringa semipalmata).

    Dans la réserve des Blackfeet

     

    Plus loin, une roselière bordant un marécage abrite des passereaux que l'on détecte d'abord à leur bavardage incessant. Puis on aperçoit leurs têtes jaune vif qui dépassent des roseaux. De la famille des Blackbird, le Carouge à tête jaune (Xanthocephalus xanthocephalus) apprécie les zones humides situées dans les prairies, il n'est guère étonnant de le trouver par ici. C'est un oiseau grégaire, qui se nourrit principalement de végétaux (graines etc.) bien qu'il consomme aussi des insectes. Les jeunes sont en particulier nourris de libellules et de demoiselles. L'hiver, le Carouge à tête jaune quitte les Grandes Plaines pour le Mexique.

    Dans la réserve des Blackfeet

     

    Dans la réserve des Blackfeet

     

    Dans la réserve des Blackfeet

     

    Dans le prochain épisode, nous partirons à la rencontre des Bisons, toujours dans l'Etat du Montana. En attendant je vous souhaite bon courage pour la fin du confinement, faites bien attention à vous.


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    La famille Ours rencontrée entre Babb et Many Glacier avait fait notre journée, pourtant il n'était pas encore midi. Nous rejoignons le parking près du camping de Many Glacier, pour une petite randonnée sur le Swiftcurrent pass trail, armés de notre bombe au poivre au cas où. La première partie de sentier est plutôt facile et fréquentée par des familles avec enfants, on n'a pas besoin de faire nous-même du bruit. Les vues sur les montagnes alternent avec les petits lacs, où les oiseaux d'eau sont plutôt rares : sur Fishercap Lake nous verrons seulement et de loin un limicole à bec jaune et un probable Garrot d’Islande...

    Swiftcurrent pass trail

     

    Au bord du deuxième petit lac, le Redrock Lake, nous avons plus de chance, puisqu'un limicole solitaire parcours le rivage tout près de nous. Son nom de Chevalier solitaire (Tringa solitaria), qu'il porte aussi en latin et en anglais, semble convenir assez bien à son mode de vie basé sur la distanciation sociale. On le reconnait à son dos tacheté de blanc et à son cercle oculaire blanc bien visible (même à contre-jour, ils sont pénibles ces oiseaux sauvages, jamais placé comme il faut pour les photos).

    Swiftcurrent pass trail

     

    Swiftcurrent pass trail

     

    Sur un îlot au milieu du lac, des Harles bièvres se prélassent, seulement des adultes cette fois. Ce canard est un des plus courant au Parc National de Glacier. Nous poursuivons jusqu'aux Redrock falls, une série de cascades qui s'écoulent entre des roches rouges dans un environnement idyllique. L'aller-retour jusqu'aux Redrock falls fait un peu moins de 7 km.
     

    Swiftcurrent pass trail

     

    Swiftcurrent pass trail

     

    Swiftcurrent pass trail

     

    Sur le chemin du retour, nous croisons quelques mammifères locaux, certes moins impressionnant qu'un Ours, mais aussi moins dangereux. Tout d'abord une biche de Cerf de Virginie (Odocoileus virginianus), un cervidé de taille moyenne reconnaissable à sa queue blanche. Elle traverse le sentier, s'y attarde un peu... nous en profitons tandis que certains randonneurs semblent ne même pas la voir.

    Swiftcurrent pass trail

     

    Swiftcurrent pass trail

     

    Swiftcurrent pass trail

     

    Un peu plus loin, alerté par un mouvement dans un buisson, nous découvrons un minuscule rongeur occupé à son déjeuner. Après pas mal de temps passé dans les guides et sur Internet, j'ai conclu qu'il s'agit d'un Tamia mineur (Neotamias minimus), en anglais Least Chipmunk. Les Chipmunks ont toujours la tête rayée, ce qui permet de les distinguer des espèces d'Écureuils terrestres au dos rayé. Jusque là c'est assez simple, le problème étant qu'il existe plusieurs espèces de Chipmunk, qui se ressemblent toutes. Les critères de différenciation vont des rayures de la queue à la couleur de la pointe des oreilles... Celui-ci est le plus petit et le plus commun de tous. 

    Swiftcurrent pass trail

    C'est sur cette petite bouille que s'arrête la promenade pour aujourd'hui. A bientôt pour d'autres découvertes, cette fois dans la réserve des Blackfeet. 

    Portez-vous bien, courage dans quelques semaines nous pourrons nous déplacer jusqu'à 100 km de la maison ! 


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    Voir des Ours est un rêve pour la plupart des visiteurs des Parcs Nationaux de l'Ouest américain. Rêve qui ne se concrétise pas toujours car la plupart des Ours sont farouches et craignent la rencontre avec les humains. Et c'est tant mieux, parce qu'un Grizzli qui ne craint plus l'homme est un danger pour les visiteurs et le personnel des parcs, mais aussi pour lui même.

    C'est donc sans attente particulière que ce matin là nous prenons la route vers Many Glacier au cœur du Parc National de Glacier. J'avais lu quelque part que souvent des Ours y étaient aperçus, se régalant de baies le long de la route, alors peut-être avec de la chance pourrait-on en voir un ? Alors bien sûr, lorsque nous tombons sur une voiture de rangers garée sur le bord de la route, entourée de touristes avec longue-vues et téléobjectifs, nous nous arrêtons sans hésitation. Les Ours sont là, une maman Grizzli (Ursus arctos) et ses deux oursons, à une bonne centaine de mètres de la route, se délectant de baies. Un spectacle incroyable (les photos le sont un peu moins, distance et contre-jour n'étaient pas en notre faveur), dont nous avons pu profiter en toute sécurité grâce à la présence des rangers et au respect de la distance préconisée (90 m) par tous les spectateurs.

    Les trois Ours

     

    Le Grizzli est considéré comme une sous espèce de l'Ours brun, il appartient à la même espèce que les Ours que l'on trouve dans nos Pyrénées. Aux Etats-Unis, deux espèces d'Ours coexistent : l'Ours noir, plus petit, qui vit dans de nombreuses régions du Canada jusqu'au Mexique en passant par la Louisiane et même la côte Alantique des USA, et le Grizzli, plus rare, que l'on ne trouve qu'en Alaska, dans l'ouest du Canada et le nord-ouest des Etats-Unis. Le Parc National de Glacier est l'endroit où l'on trouve le plus de Grizzli aux Etats-Unis hors Alaska. L'Ourse que nous avons observée était équipée d'un collier muni d'un GPS, dans le cadre d'une étude menée pour comprendre la dynamique de la population de Grizzli dans le parc.

    Les trois Ours

     

    Les oursons si mignons ne doivent pas faire oublier que le Grizzli est un animal puissant et imprévisible : le mâle adulte peut peser jusqu'à 200 kg, et mesurer plus de 3 mètres lorsqu'il se dresse sur ses pattes arrières. Il est armé de griffes puissantes et peut courir à une vitesse de 60 km/h. Autant dire que si on énerve un Ours on a peu de chance de s'en sortir. C'est pourquoi des mesures de sécurité s'imposent à tous les visiteurs des parcs nationaux fréquentés par les Ours, pour qu'on puisse continuer à les observer en les laissant vivre en paix : respecter une distance de 90 m entre les humains et les animaux, transporter et stocker la nourriture et les déchets dans des contenants appropriés, se déplacer en groupe en faisant du bruit surtout lorsque la visibilité est réduite (je sais, ce n'est pas tellement compatible avec l'observation des oiseaux par exemple), ne jamais s'intercaler entre une Ourse et ses petits, ne pas couper la route à un Ours, et se munir d'un répulsif anti-Ours (sorte d'aérosol au poivre) à n'utiliser qu'en cas d'attaque.

    Les trois Ours

     

    Les trois Ours

     

    Les trois Ours

     

    Les trois Ours

     

    La famille Ours a fini par s'en aller plus bas dans la vallée. Tous le monde a rangé jumelles et appareils photos, remercié les rangers et repris sa voiture en direction de Many Glacier, d'où nous ferons une petite randonnée à la découverte d'autres facettes du parc.


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    J'ai emprunté le titre de cet article à la célèbre chanson de Bruce Springsteen "Born in the USA", tout un symbole pour vous présenter l'oiseau national des Etats-Unis depuis 1782, le Pygargue à tête blanche (Haliaeetus leucocephalus). Ce rapace majestueux, improprement appelé Aigle à tête blanche, ne fit pas l'unanimité au début de l'histoire de l'Union : le savant Benjamin Franklin critiqua ce choix et lui aurait préféré le Dindon sauvage, qui représentait mieux selon lui les Américains : vaniteux et un peu ridicule (ça aurait cadré avec le président actuel), mais courageux et respectable, alors que le Pygargue était considéré comme un oiseau paresseux et de mauvaise moralité, car il dérobait ses prises au Balbuzard sans se fatiguer à pêcher ...

    C'est certainement cette paresse qui conduit les couples de Pygargues à tête blanche à construire les nids les plus volumineux de toute l'Amérique du Nord, 4 mètres de haut pour 2,5 mètres de large et un poids de près d'une tonne. Un nid que nous avons pu voir au bord d'une voie rapide au sud du Montana, sans pouvoir le photographier. Le Pygargue est en fin de compte plus rare et plus timide que le Balbuzard pêcheur, c'est seulement ici sur la Going-to-the-Sun road que nous aurons l'opportunité de le photographier, même si son aire de répartition couvre toute l'Amérique du Nord. Aperçu de loin depuis la route, nous avons pris un chemin de terre menant à un parking enherbé, et avons pu l’approcher d'un peu plus près.

    Born in the USA

     

    Born in the USA

     

    Plus loin, cette fois au bord de la route, une troupe de Jaseurs d'Amérique (Bombycilla cedrorum) nous invite à une nouvelle halte. Ces oiseaux bruyants et très amusants nous consolent de ne jamais avoir encore croisé leur cousin le Jaseur boréal qui descend jusqu'à chez nous certains hivers.

    Born in the USA

     

    Born in the USA

     

    Born in the USA

     

    Born in the USA

     

    Born in the USA

     

    Nous faisons une dernière pause au village de Saint Mary pour photographier 2 oiseaux communs. Le premier est un Goéland à bec cerclé (Larus delawarensis), proche de notre Goéland cendré. Ce petit goéland est commun en Amérique du Nord : il niche au Canada et au nord des Etats-Unis, et passe l'hiver plus au sud, jusqu'au Mexique et aux Antilles. On le trouve autant à l'intérieur des terres qu'en bord de mer. Comme beaucoup de mouettes et goéland, son régime alimentaire est très éclectique. De ce fait il s'adapte bien aux milieux occupés par l'homme, où il profite des déchets divers laissés par nos activités.

    Born in the USA

     

    Born in the USA

     

    Le deuxième oiseau est une Pie d'Amérique (Pica hudsonia), très semblable à notre Pie bavarde, dont elle est parfois considérée comme une sous-espèce. On trouve la Pie d'Amérique des îles Aléoutiennes au centre des Etats-Unis. En Californie elle est remplacée par la beaucoup plus rare Pie à bec jaune.

    Born in the USA

     

    Je vous donne rendez-vous prochainement pour la suite de nos découvertes au Parc National de Glacier, un peu plus au nord... Faites attention à vous, courage pour la suite du confinement.


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    Voici donc la famille canard que nous avons pu observer sur le lac Mac Donald dans le Parc National de Glacier au nord-ouest du Montana. Il s'agit de Harles bièvres (Mergus merganser), un palmipède que l'on voit peu par chez nous, sauf au Lac Léman où l'espèce niche, et lors des hivers très froids. Le Harle bièvre est un gros canard qui vit dans les régions septentrionales de l'hémisphère nord. Dans le Montana, il est sédentaire. Ce canard au bec mince et crochu à l'extrémité est spécialisé dans la pêche de petits poissons, ne dépassant pas les 10 cm de long en général. Il apprécie les plans d'eau clairs et les cours d'eau calmes. Lorsqu'ils sont petits, les canetons se nourrissent surtout de larves aquatiques, pour passer aux poissons dès qu'ils sont assez grands. C'est probablement le cas de ceux que nous avons vus, 5 beaux bébés déjà un peu emplumés accompagnés de leur maman. Chez le Harle bièvre, c'est la femelle qui s'occupe seule de la couvaison (dans une cavité d'arbre) et de la surveillance des jeunes, qui restent auprès d'elle souvent jusque tard en automne.

     

    En famille sur le lac Mac Donald

     

    En famille sur le lac Mac Donald

     

    En famille sur le lac Mac Donald

     

    En famille sur le lac Mac Donald

     

    En famille sur le lac Mac Donald

     

    En famille sur le lac Mac Donald

      

    En famille sur le lac Mac Donald

     

    Dans le prochain épisode, je vous présenterai quelques autres oiseaux rencontrés sur le chemin du retour, le long de la Going-to-the-Sun road.


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