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    Nous voici de retour au marais de Suscinio, près du Golfe du Morbihan. En cette fin avril, les passereaux ne manquent pas. Il y a tout d'abord des espèces que l'on peut trouver un peu partout, dans nos jardins et dans les parcs de nos villes, comme l'Accenteur mouchet (Prunella modularis), le Serin cini (Serinus serinus), la Fauvette à tête noire (Sylvia atricapilla) ou le Rougegorge familier (Erithacus rubecula) - photo ci-dessous. Rien d'étonnant à cela, puisque le marais est bordé côté nord par les maisons d’habitations du hameau de Suscinio. Nos petits amis des jardins sont d'autant plus facile à remarquer qu'on est en pleine période des chants (malgré le printemps un peu frais cette année).

    Rougegorge familier - Marais de Suscinio

     

    Côté sud, les dunes herbeuses séparent le marais de la plage et de l'océan. C'est le royaume des oiseaux des champs, sédentaires ou de passages. On trouve les mêmes espèces dans les zones cultivées de Picardie.

    Pour commencer, l'Alouette des champs (Alauda arvensis) qu'on entend chanter avant de l'apercevoir. Celle-ci a bien voulu coopérer en se posant sur un des poteaux de la clôture qui protège les dunes du piétinement. L'Alouette doit vivre ici à l'année.

    Alouette des Champs - Marais de Suscinio

     

    Le Traquet motteux (Oenanthe oenanthe) au contraire est un migrateur au long cours qui hiverne en Afrique. Ceux d'entre eux nichent au Groenland ou au Canada et effectuent la traversée de l'Atlantique sans escale en une trentaine d'heure. Quant à nos Traquets motteux bretons, possible qu'ils restent nicher dans la région - quelques couples ont été repérés dans le secteur du Golfe du Morbihan pendant l'enquête pour l'Atlas des oiseaux de France métropolitaine (2005-2012). Cependant avril est aussi la période du passage pré-nuptial pour ceux qui nichent dans le nord de l'Europe. Ci dessous un mâle (1ère photo, reconnaissable à son masque noir) puis une femelle (2ème photo) :

    Traquet motteux - Marais de Suscinio

     

    Traquet motteux - Marais de Suscinio

     

    Autre oiseau typique des milieux ouverts, le Tarier pâtre (Saxicola rubicola). Vous l'avez peut-être déjà aperçu au bord des routes de campagne, bien en vue sur un poteau ou un buisson, occupé à guetter les insectes. Les couleurs vives du mâle (tête noire, demi-collier blanc et poitrine orange) font qu'on ne peut pas le manquer :  

    Tarier pâtre - Marais de Suscinio

     

    La femelle elle est plus terne mais on retrouve les mêmes motifs de plumage que chez le mâle, le noir étant remplacé par du gris-brun. Bretagne oblige, celle-ci guette depuis un buisson d'ajonc :

    Tarier pâtre - Marais de Suscinio

     

    Pour terminer cette série d'oiseaux des campagnes, voici la Fauvette grisette (Sylvia communis), que l'on peut observer pratiquement dans toutes les régions de France, dans les milieux où prédominent les buissons et arbustes : haies, bocages, friches, et même champs de colza. Les individus observés en lisière du marais étaient très occupé à chanter et à construire leur nid dans les buissons au bord de l'eau.

    Fauvette grisette - Marais de Suscinio

     

    Dans le marais, les stars parmi les passereaux sont bien sûr les espèces qu'on ne rencontre que dans les milieux humides. Pour nous, le Phragmite des joncs (Acrocephalus schoenobaenus) a été le plus facile à observer. Fraîchement arrivés du Sud du Sahara où ils passent l'hiver, les Phragmites des joncs sont assez peu farouches. Ils passent leur temps à chanter bien en vue sur les buissons ou même lors de brefs vols nuptiaux. L'intérieur du bec est d'un beau rouge vermillon qui contraste avec le plumage plutôt terne.

    Phragmite des joncs - Marais de Suscinio

     

    Phragmite des joncs - Marais de Suscinio

     

    Phragmite des joncs - Marais de Suscinio

     

    Phragmite des joncs - Marais de Suscinio

     

    Phragmite des joncs - Marais de Suscinio

     

    Voici maintenant une espèce qui nous a donné bien du fil à retordre : la Bouscarle de Cetti (Cettia cetti). Dès notre première visite dans le marais, nous avions bien repéré son chant très sonore et caractéristique, mais impossible de l'apercevoir ... C'est le dernier jour que nous aurons la chance d'en voir une. La Bouscarle de Cetti passe la majorité de son temps cachée dans les buissons, à l'intérieur desquels elle trouve sa nourriture (insectes, vers et mollusques). C'est un petit passereau de couleur terne, un peu bouboule et aux ailes plutôt courte, faisant penser à un Rougegorge au niveau de la silhouette.

    Bouscarle de Ceti - Marais de Suscinio

     

    Bouscarle de Cetti - Marais de Suscinio

     

    Durant nos ballades, nous avons croisé plusieurs fois des ornithologues qui nous ont demandé si nous avions vu la Gorgebleue à miroir (Luscinia svecica), le passereau mythique des zones humides, qui nous arrive d'Afrique à la fin mars. A chaque fois nous leur avons répondu par la négative ; pourtant on aurait aimé la voir, la seule fois où j'ai pu l'observer c'était le 1er avril 2015 à Paris (voir l'article Une Gorgebleue à miroir Bd Richard Lenoir (Paris 11) ). Finalement, c'est en nous aventurant un peu plus loin vers l'ouest sur le sentier qui borde le marais côté océan que nous auront la chance d'en voir une, de loin et souvent cachée dans la végétation, mais elle est bien là ! Et c'est plaisant de pouvoir l'observer dans son milieu plutôt que sur un platane d'alignement parisien.
     

    Gorgebleue à miroir - Marais de Suscinio

     

    Gorgebleue à miroir - Marais de Suscinio

     

    Gorgebleue à miroir - Marais de Suscinio

     

    Gorgebleue à miroir - Marais de Suscinio

     

    Ainsi se termine cette série sur les passereaux de Suscinio. En attendant de revenir dans le marais, je vous dis à bientôt pour d'autres découvertes.


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    La dernière semaine d'avril, nous sommes partis en famille passer quelques jours dans le Morbihan. Avant de partir, j'avais repéré près de Sarzeau, où nous logions, la réserve naturelle du Marais de Séné, en bordure du Golfe du Morbihan, et envisagé d'y passer un après-midi.

    Mais finalement c'est le marais de Suscinio qui fut notre destination ornithologique de la semaine.

    Le Château de Suscinio est un superbe château médiéval situé sur la commune de Sarzeau, dont les ruines furent remarquées et classées Monument historique par Prosper Mérimée en 1840. Racheté par le Conseil général du Morbihan en 1965, il a depuis été magnifiquement restauré. La visite permet de comprendre l'histoire du château, mise en perspective avec celle des Ducs de Bretagne. On y découvre aussi les étapes de sa restauration et les résultats des dernières fouilles archéologiques réalisées sur le site.

    Chateau de Suscinio

     

    Cependant l'intérêt de Suscinio n'est pas qu'historique : entre l'Océan Atlantique et le château, d'anciens marais salants, dont l'existence remonte à la construction de la forteresse, constituent de nos jours une zone humide propice à l'avifaune locale et aux haltes migratoires d'espèces diverses. Un site pas trop fréquenté à cette saison, permettant de belles observations. Ci-dessous le château vu du marais :
     

    Chateau de Suscinio

     

    Avant de rejoindre le marais, si vous venez au printemps, faites le tour du château par l'extérieur : une colonie mixte de Choucas des tours (Coloeus monedula) - photo ci-dessous - et de Pigeons bisets domestiques (Columba livia) a élu domicile dans une des parois de la forteresse. Il semble y avoir une certaine hiérarchie : les choucas occupent les cavités du haut, les pigeons celles du bas.

    Choucas - Suscinio

     

    Comme dans toutes les zones humides, les canards et autres anatidés font parties des espèces que l'on peut observer facilement. On verra bien sûr des Canards colverts (Anas platyrhynchos), puis des Cygnes Tuberculés (Cygnus olor), mais ce sont surtout les Tadornes de Belon (Tadorna tadorna) qui se font remarquer. Une belle occasion de réaliser nos premières photos de cette espèce !

    Tadorne de Belon - Marais de Suscinio

     

    Le plus grand des canards européens se reconnaît facilement à son plumage bariolé blanc, noir et roux et à son bec rouge vif. L'espèce nichant dans une cavité (souvent un ancien terrier de lapin), la femelle n'a pas besoin de porter un plumage type "camouflage" que l'on voit chez beaucoup d'espèces de canard. Ses couleurs sont aussi vives que celles du mâle, cependant ce dernier se reconnaît à sa plus grande taille et à son bec surmonté d'un tubercule. Le Tadorne de Belon se plaît dans les zones maritimes, car il se nourrit surtout de mollusques aquatiques, mais dans certaines région, on le trouve aussi dans les terres, où il affectionne les bassins de décantation (en Picardie par exemple).

    Tadorne de Belon - Marais de Suscinio

     

    Tadorne de Belon - Marais de Suscinio

     

    Tadorne de Belon - Marais de Suscinio

     

    Tadorne de Belon - Marais de Suscinio

     

    Tadorne de Belon - Marais de Suscinio

     

    En dehors des canards, la deuxième catégorie d'oiseaux facile à observer sur le marais est celle que l'on appelait autrefois "les échassiers", avec une belle surprise, un groupe de Spatules blanches (Platalea leucorodia). A contre jour, le marais a un petit air de lac Africain :

    Spatule blanche - Marais de Suscinio

     

    Spatule blanche - Marais de Suscinio

    On assiste à une toilette collective des spatules et des cygnes. On notera la différence de taille entre les 2 espèces (le Cygne tuberculé étant un des oiseaux volant les plus lourds), ainsi que le bec rosé des spatules, qui indique que ce sont des jeunes pas encore en âge de se reproduire (les adultes, au bec sombre, sont occupés à nicher à cette période de l'année).

    Spatule blanche - Marais de Suscinio

    Les spatules peuvent avoir des attitudes très comiques comme ci-dessous. Voir aussi d'autres photos sur oiseaux.net http://www.oiseaux.net/photos/regine.le.courtois.nivart/spatule.blanche.html, prises au Parc du Marquenterre en Baie de Somme.

    Spatule blanche - Marais de Suscinio

     

    Les autres grands ou moyens échassiers présents sur le marais sont le Héron cendré (Ardea cinerea), l'Aigrette garzette (Egretta garzetta) et l'Echasse blanche (Himantopus himantopus). Ces 2 dernières espèces feront l'objet d'article dédié car on a fait vraiment beaucoup de photos.

    L'Echasse blanche, maintenant classées parmi les Limicoles, m'amène à faire la transition avec les autres membres de la famille que nous avons pu identifier sur le site.

    Tout d'abord la Barge à queue noire (Limosa limosa),  un limicole assez grand au très long bec bicolore (ce qui permet de la différencier de sa cousine la Barge rousse, dont le bec est entièrement sombre). Nous en avons observé un seul individu, en plumage nuptial ou presque. Niche-t-il dans la région ou est-il en retard sur sa migration ? L'atlas des oiseaux nicheurs de France métropolitaine, paru en 2015, indique une reproduction probable dans les marias de Loire-Atlantique, ce qui n'est pas si loin ...

    Barge à queue noire - Marais de Suscinio

    La Barge à queue noire se nourrit d'invertébrés trouvés dans la vase. Ses longues pattes lui permettent de s'avancer assez loin dans l'eau sans avoir à nager. Elle passe beaucoup de temps le bec, la tête et le cou totalement immergé sous l'eau à la recherche de vers, larves et crustacés variés. Il faut être patient pour réussir des photos de l'oiseau avec la tête hors de l'eau !
     

    Barge à queue noire - Marais de Suscinio

    Les Barges à queue noire peuvent aussi chercher de quoi manger dans les prairies, les photos de l'animal en entier sont alors plus facile à obtenir. J'ai eu la chance d'en observer tout un troupeau en Islande, voir ici : 16 août 2014 : L’hiver à Akureyri – l’été à Reykjavik.

    Mais revenons au Marais de Suscinio et à ses limicoles. Nous y apercevrons deux autres espèces, tout d'abord un Chevalier aboyeur  (Tringa nebularia), tout gris, aperçu près d'un couple de Tadorne de Belon :

    Chevalier aboyeur - Marais de Suscinio


    Et puis quelques Chevaliers gambette (Tringa totanus), gris-brun, pattes rouges, base du bec du même rouge, vu en petit groupe de 3 individus : 

    Chevalier gambette - Marais de Suscinio

     

    Chevalier gambette - Marais de Suscinio

     

    Fin avril, c'est la période où les Martinets noirs (Apus apus) reviennent d'Afrique. Nous en verrons quelques un chasser les insectes au dessus du marais. Peut-être nichent-ils aussi dans les mur ou sous les toitures du château ? C'est un peu tôt pour le savoir. Par contre il y en a un qui est au courant du retour des martinets, c'est le Faucon hobereau (Falco subbuteo), qui a surgit un matin sans prévenir. Egalement visiteur d'été dans nos régions, ce faucon se nourrit surtout de libellules, d'hirondelles et de ... martinets.

    Faucon hobereau - Marais de Suscinio

     

    Les  mammifères profitent aussi de la quiétude de cet espace naturel préservé. Nous avons fait la rencontre d'un chevreuil, qui nous a longuement observé avant de s'en aller tranquillement. Seul un champ d'iris des marais nous séparait du cervidé.

    Chevreuil - Marais de Suscinio


    Dans un prochain article, je vous présenterai les passereaux du marais. En attendant, je vous dit à bientôt pour d'autres découvertes.


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